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Cas pratiques : Les suicides liés au travail

Le _ Catégorie : Général

3 questions à l’expert : Jean-Paul DOLZANI, Psychosociologue, Responsable de l’Unité Etudes, Formations et Réseaux, à l’IAPR.

Depuis quelques mois, les suicides ou tentatives de suicide sur le lieu de travail, ou attribués aux conditions de travail, ont envahi la sphère médiatique … Qu’en penser ? L’IAPR a depuis sa création, toujours été confrontée à ce type d’événement ; toutefois, depuis le début de l’année, les psychologues sont de plus en plus sollicités.

Comment intervenez-vous ?

Il est important d’éviter l’amalgame entre un suicide (ou tentative de suicide) sur le lieu de travail et un suicide hors du lieu de travail, et les effets psychologiques subséquents.

En effet, il convient rapport à cet évènement tragique au sein d’une communauté de travail, de distinguer ceux qui ont pu voir et/ou intervenir, et ceux qui ont appris la triste nouvelle. Pour les uns, nous nous trouvons dans ce que nous appelons « être face à un évènement potentiellement traumatique » avec ses conséquences psychologiques, et de l’autre, des salariés confrontés à un choc du décès d’un collègue.

Si l'on se place dans un autre registre, pour le premier groupe, l’intervention immédiate se justifie par un évènement potentiellement traumatique (cf. DSM 4 : stress aigu, stress post-traumatique), pour le second, il s’agit d’accompagner l’entreprise et permettre aux personnes de dépasser cet évènement (travail de reconnaissance, rituels sociaux). Mais dans ces situations, l’entreprise doit continuer à s’inscrire dans la vie. Aussi, nous préconisons qu’une cellule de crise soit mise en place au sein de l’entreprise. Ce qui nous conduit à intervenir le plus rapidement sur le site.

Pourquoi pensez-vous nécessaire la mise en place d’une cellule de crise ?

L’entreprise, dans un moment d’une telle intensité doit se donner les moyens de rassurer et de contenir le plus vite possible la situation, puis par la suite, s’engager si nécessaire dans la mise en place d’actions préventives. Pour ce faire, un groupe composé de décideurs, de médecins du travail, juristes, responsables de la communication et éventuellement de membres du CHSCT, est mis en place. Cette cellule est le lieu de suivi, d’échange, d’étude de problèmes et de confirmation des décisions à prendre.

Le rôle du psychologue de l’IAPR est d’accompagner et de soutenir. Il se trouve alors dans une posture de conseil, c'est-à-dire dans une démarche proactive permettant d’explorer les différents niveaux de l’intervention de la cellule :

  • sur la prise en charge des salariés : comment, avec qui ?
  • sur les rituels (obsèques, minute de silence, etc.)
  • sur le lieu de l’évènement (sécuriser le lieu où l’évènement a eu lieu, voire de le fermer et bien sûr d’en informer les salariés)
  • sur les conséquences sociales, administratives, juridiques
  • sur la communication.

Pouvez-vous développer le dernier point ?

Vis-à-vis de la presse, il convient de souligner que :

  • le reportage à sensation de cas de suicide doit être assidûment évité ;
  • la description détaillée de la méthode utilisée et comment celle-ci a été obtenue doit être évitée. La recherche scientifique a montré que la diffusion de l’information sur un suicide par les médias a un impact plus grand que la fréquence de suicide elle-même sur la méthode utilisée. Certains endroits, ponts, falaises, immeubles, etc, sont traditionnellement associés au suicide et la publicité que l’on peut en faire, accentue le risque de suicide à partir de ces lieux.
  • Un suicide ne devrait pas être rapporté comme étant inexplicable ou de façon simpliste. Un suicide n’est jamais causé par un seul facteur ou évènement. Il est généralement provoqué par une interaction complexe de nombreuses causalités ;
  • Un suicide ne doit pas être présenté comme une méthode pour trouver une solution à ses problèmes…
  • Le reportage ou l’information doit prendre en considération l’impact du suicide sur les familles et sur les proches touchés à la fois par la douleur psychologique et morale.

Dans un autre espace, il convient, par ailleurs, de ne pas oublier de faire passer un message de sympathie à ceux qui restent après un suicide….

Mais au fond, savons-nous combien y a-t-il de suicides liés au travail (en France) ?

Il y aurait entre 300 et 400 suicides liés au travail par an, lit-on dans la presse. Ces chiffres sont une extrapolation réalisée sur la base de la seule étude disponible sur le sujet menée en 2003 en Basse-Normandie. Pour contrevenir à cette absence de données fiables, le Ministère du Travail a mis en place une « veille épidémiologique » sur les suicides.

Comment comprenez-vous la difficulté de mettre en place des actions adhoc afin de prévenir les suicides liés au travail et pratiques des organisations ?

Je pense que la difficulté est d’avoir un « cadre commun de travail » permettant aux acteurs de surmonter leurs divergences afin d’agir en conséquence pour améliorer la situation dans ce domaine. En effet, nous nous trouvons aujourd’hui confrontés à un système de croyances, à ce que nous appelons un cadre cognitif des suicides liés au travail qui obère, le plus souvent, les actions correctrices et préventives.

Schématiquement, nous pouvons y repérer trois modèles :

  • L’idée centrale du premier cadre est que le suicide n’est pas anodin et en filigrane, les causes sont à rechercher dans le « délitement du tissu social qui structure le monde du travail » et la disparition des collectifs de travail du fait d’une individualisation des relations.
  • Le deuxième cadre se caractérise par une conception du suicide fondée sur la vulnérabilité de personnes fragiles. En filigrane, se dessine l’idée selon laquelle le travail ne tue pas et quant bien même il aurait une influence, celle-ci serait difficile à établir formellement. L’enjeu serait alors de détecter les salariés fragiles et de les aider.
  • Le troisième cadre s’inscrit dans la gestion des risques psychosociaux et la définition des suicides est relativement consensuelle. Le travail a une influence sur la santé mentale. Le suicide peut être un de ses effets extrêmes ou, au contraire, être étranger à ses causes. Aucune responsabilité, aucun acteur n’est accusé ici de quoi que ce soit : « la parole, la transparence sont les meilleures armes pour éviter l’épidémie. Chacun détient une responsabilité : il ne s’agit ni de nier, ni d’exploiter le lien avec le travail » (ANACT, 2007).

Pour vous, l’IAPR se situerait dans quel cadre ?

Tout en s’inscrivant dans des démarches ouvertes, l’attitude de l’IAPR est de ne privilégier aucun modèle, mais au contraire selon les contextes et besoins des entreprises et des salariés de les exploiter tous selon une lecture toujours sur mesure.

Source : IAPR

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